Jaco Pastorius – Interview Inédite

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Hello les bassistes ! Voici une interview inédite du légendaire Jaco Pastorius…un grand moment de lecture !

Source : Reverb

Entretien inédit, tirés des archives personnelles de Tony Bacon.

« J’ai interviewé Jaco Pastorius dans un hôtel londonien lors de l’été 1976. Je voulais essentiellement parler de son premier album solo, Jaco Pastorius, qui venait tout juste de sortir. Il était à l’époque en tournée européenne avec Weather Report, qu’il avait rejoint quelques mois auparavant, et le groupe était arrivé la veille en Angleterre, après des concerts au Danemark, en Suisse, en Suède, en Italie et en France.

Tous les bassistes que je connaissais avaient entendu le disque solo de Jaco et étaient tous bluffés par ses performances, en particulier par son jeu sur une basse fretless et son utilisation des harmoniques.

Nous nous sommes assis dans sa chambre d’hôtel et Jaco a voulu allumer la télé pour suivre les Jeux olympiques de Montréal pendant l’interview. Malheureusement, il n’y avait que trois chaînes disponibles et aucune d’entre elles ne transmettait les jeux. »

Je me demandais quelles étaient tes influences musicales ? Ton père était batteur, n’est ce pas ? Est-ce que cela t’a influencé ?

Oui, mais pas vraiment en ce qui concerne la musique. Il était souvent parti. Je n’ai jamais eu de vraie relation avec mon père. Lui et ma mère ne s’entendaient pas vraiment. Il ne jouait pas de façon académique, autrement dit, il ne connaissait pas le solfège. Il jouait très bien, c’était un grand musicien, mais il n’a jamais appris la musique. C’était instinctif chez lui. Il revenait à la maison de temps en temps, à l’époque où je commençais à jouer de la basse, vers l’âge de 15 ans. Je jouais aussi de la batterie à cette époque, que j’avais apprise bien avant.

Et il me disait des trucs de musicos qu’il avait vu faire ailleurs. Il disait : « Je serai à la maison dans environ quatre mois et quand je rentrerai, je veux que tu saches jouer des triades en si bémol jusqu’en haut du manche. »

Je ne savais même pas de quoi il parlait, ça ne ressemblait pas à de l’anglais. Vous savez, quand vous ne voyez pas votre père très souvent, vous voulez lui prouver des choses. Alors j’ai fait ce qu’il m’a dit. En un rien de temps. Mais, quoi qu’il en soit, il n’a pas beaucoup influencé ma vie.

Tu as appris tout seul, alors.

Principalement, oui. C’est juste de la logique, du sens commun. La technique, les notes, c’est du bon sens. Ce que je veux dire, c’est que j’ai aussi beaucoup appris de mes amis. Un type s’asseyait au piano, je ne connaissais pas les notes sur le piano, et jouais un accord en do majeur. Je lui disais « Qu’est-ce que tu fais ? » et il me répondait « Un accord en do majeur » Et voilà, c’est comme ça que j’ai appris. Pas besoin d’aller à l’école ou quoi que ce soit. Je n’ai jamais étudié le solfège par exemple.

Donc tu as pris ta basse et tu as commencé à jouer.

Oui, en tant que loisir, pour m’amuser en sortant du lycée.

Est ce qu’il y a eu un moment où tu t’es dit que c’est ce que tu voulais faire de ta vie ?

C’est étrange, tu sais. J’ai toujours été le genre de personne qui, chaque fois qu’elle commence quelque chose de nouveau, peu importe ce que c’est, veut le faire bien. J’étais vraiment bon au baseball et au football quand j’étais enfant. J’aimais arriver sur le terrain et passer tout de suite à l’action sans me poser de questions. C’est la même chose avec la musique. Quand j’ai commencé à apprendre, je m’en foutais un peu, c’était juste quelque chose que je faisais, tu vois ? Puis, quand ma fille est née (Mary, en 1970), je me suis dit : ok, je peux vraiment gagner ma vie en faisant ça. Je lavais des voitures à l’époque et je me suis dit : à quoi bon ? C’est là que j’ai vraiment commencé à travailler.

Dans quel(s) genre(s) de groupes tu étais ?

Rhythm and blues, R & B. On faisait tout James Brown, Otis Redding et beaucoup de Beatles avant ça. À la basse, c’était du rhythm and blues, mais avant, quand je jouais de la batterie, c’était beaucoup de rock anglais. Ensuite, c’était juste pour m’amuser. Je jouais de la batterie à l’âge de 13 ans dans des boîtes de nuit pour me faire un peu d’argent. Mais j’ai commencé à travailler régulièrement et à gagner ma vie grâce à la musique vers l’âge de 15/16 ans, à la basse. Je le faisais pour l’argent, car c’était un moyen simple d’en gagner. Je m’y suis mis vraiment quand ma fille est née, mais je jouais déjà bien.

Quand est-ce que c’est devenu vraiment sérieux ?

C’était il y a six ans environ. La musique faisait déjà partie de ma vie sans que je m’en aperçoive. Je ne me suis jamais dit : « Voilà à quoi ma vie va ressembler. » Je n’ai pas réellement bossé jusqu’à l’âge de 19 ans environ. C’est alors que ma fille est née et que je me suis dit : maintenant, je dois faire quelque chose. Il y a cette petite personne qui ne peut rien faire, qui dépend totalement de moi, c’est maintenant qu’il faut que je me mette au boulot.

Comment s’appelait le groupe de R&B que tu as intégré ?

Wayne Cochran & The C.C. Riders, un big band de R&B.

Comment c’était ?

C’était merveilleux, tous les soirs de la semaine. Je pense qu’à l’époque, nous utilisions trois trompettes, quatre saxos, un trombone et une section rythmique à trois instruments : basse, guitare et batterie. Nous mettions le paquet tous les soirs, et Wayne chantait bien sûr. C’était une super expérience. Le chef du groupe était Charlie Brent, le guitariste, un des meilleurs. C’est là que j’ai vraiment commencé à écrire, j’avais déjà composé des mélodies, mais je ne l’avais jamais fait pour un groupe, et c’est à ce moment-là que j’ai commencé. C’était en 1970, il me semble.

Jaco avec Wayne Cochran & The C.C. Riders, jouant son propre morceau « Amelia » (1972)
Quel genre de choses composais-tu ?

Du funk pour des big-bands de funk.

Tu écrivais chaque partie ?

J’écrivais des trucs oui, je créais des harmonisations à huit voix et des parties pour chaque membre du groupe.

Tu faisais ça sans avoir jamais pris de cours avant ?

C’est comme ça que j’ai appris. J’ai tout appris avec mes amis. Je me souviens des premiers trucs que j’ai écrits, c’était tellement mauvais. Je connaissais l’harmonie. Il s’agissait simplement de donner aux gens l’harmonie, de voir ce que ça donnait, de corriger et de recommencer, jusqu’à trouver ce qui sonne le mieux dans une section de cuivres par exemple. J’ai appris les notes et tout ce qui va avec grâce à mes amis. Pour les premiers morceaux, j’écrivais juste la lettre correspondant à la note (rires). Joue ça ! Bien sûr, je devais avoir 15 ans à l’époque, maintenant, je suis pro. Je le fais maintenant pour gagner ma vie, mais à l’époque, j’ai simplement appris tout ça rapidement parce que j’en avais envie. J’avais des mélodies plein la tête, mais je ne savais pas comment les retranscrire sur du papier.

C’était frustrant ?

Non, absolument pas.

Mais pourtant tu avais déjà tout dans la tête.

Peu importe. On ne peut pas traverser une rivière sans un pont ou un bateau. Donc, il suffit de prendre le temps qu’il faut pour (rires) construire soit un pont, soit un bateau. L’un ou l’autre.

Donc tu as commencé à composer pour les C.C. Riders.

Oui, c’est là que j’ai commencé à composer. Et puis à partir de ce moment-là, j’ai fait plein de petits boulots, principalement dans le spectacle, et j’ai beaucoup appris, parce qu’il y avait toujours de bons auteur-compositeurs autour de moi. Et même si la mélodie était banale, l’exécution était toujours très bonne. J’ai donc beaucoup appris en faisant des concerts.

Est-ce que c’était aussi bénéfique pour le bassiste que tu étais ?

Oui, vraiment, car c’est aussi là que j’ai appris à déchiffrer la musique. En fait, je composais des mélodies avant de savoir les lire. Tu peux être capable de composer une mélodie aussi vite que d’écrire une lettre, tu sais ? Mais il faut beaucoup plus de temps pour arriver à lire la lettre. Lorsque la musique est devant toi et que le tempo fume, ça ressemble juste à une autre langue. Alors, c’est comme ça que j’ai commencé à apprendre.

Il n’y a pas besoin de savoir déchiffrer ou composer de la musique pour en jouer, mais pour ce genre de musique qu’est la musique américaine, c’est bien de savoir faire les deux. C’est une bonne expérience. D’autres vont dire que ça ne sert à rien, or la plupart de ces gens ne sont pas capables de le faire. Tu peux dire d’un concert : « Oh mon dieu, c’est la pire chose que j’ai jamais entendue ». Ok, dis-le, mais avant ça, voyons ce que tu sais faire. Après, seulement, tu pourras critiquer.

Il semblerait que tu aies passé beaucoup de temps sur les concerts.

Oui, on se produisait sur des bateaux, où que ce soit. Et pendant tout ce temps, je composais pour des groupes, des grands ensembles, ou j’écrivais des textes pour des chanteurs. Pendant longtemps, je ne jouais pas beaucoup de basse, à part au sein du groupe. J’avais envie de tester de nouvelles choses, mais ce n’était pas possible, il n’y avait pas vraiment d’endroit ou de moment pour le faire, tu vois ? Quand tu dis « Ce n’était pas frustrant ? » Et bien en fait non, car le moment ne s’y prêtait pas.

Là d’où je viens, en Floride, il n’y a pas de musiciens de jazz. Enfin, il y en a quelques très bons, mais ce que je veux dire, c’est que jusqu’ici, il n’y avait pas de places pour eux, pas de travail. Le marché du jazz était inexistant. Alors j’ai attendu. Attendu mon tour. Parce que je ne suis pas pressé et que je vais être ici encore longtemps, tu sais. Tu vois, un gros problème avec la plupart des musiques actuelles, environ 99 % de la musique d’aujourd’hui, c’est que les gens n’ont pas de racines du tout. Moi, j’ai fui tout ça assez vite.

Qu’est-ce que tu veux dire par « racines » ?

Ben les racines, mec. Aujourd’hui, les gens apprennent 10 notes de musique et se croient musiciens. C’est une blague.

Tu veux dire qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent ?

Non, ils ne le savent pas. Ils ne ressentent pas la musique, ils ne la connaissent pas, ils n’ont même pas la capacité de la comprendre. En d’autres termes, c’est comme si t’apprenais 10 accords sur une guitare, tu sors de chez toi et tu penses que t’es un musicien qui va faire un album à succès, tu vois ce que je veux dire ? C’est une blague. Tout ça parce que l’industrie de la musique fonctionne comme ça. Ils prennent n’importe quoi et en font quelque chose, c’est du délire. Ils ne cherchent pas vraiment de la bonne musique. C’est pour ça que j’ai attendu. (le style Punk venait de débarquer à Londres à l’époque de cette interview, avec les Sex Pistols jouant leurs premiers concerts.)

Alors, qui sont les 1% ?

Et bien, ils sont là-bas, dehors, tu les entendras, tu les as probablement déjà entendus. En réalité, le pourcentage est probablement inférieur à ça. J’ai attendu longtemps. C’est comme un arbre. Un arbre ne pousse pas tant que ses racines ne s’étendent pas sous la terre. Et comme ça, quand le vent ou la pluie arrive, il reste solidement accroché, rien ne peut l’emporter. Tout ce que je veux vous dire, c’est qu’on voit débarquer des gens chaque année et un an après ils sont oubliés, car leur musique n’est pas substantielle.

Je joue depuis longtemps et j’ai reçu beaucoup d’offres durant toutes ces années. Mais je ne voulais pas les accepter avant de me sentir assez enraciné dans le sol, assez solide. Je voulais être reconnu à la fois en tant que compositeur et en tant qu’interprète. Je ne voulais pas être connu d’abord en tant que membre d’un groupe. Je le suis avec Weather Report, et j’aime ça, j’adore faire partie d’un groupe, mais je me suis dit que si je devais prendre la parole devant un public, je voulais être le leader, tu vois ? Puisque j’écris et compose, il n’y a aucune raison pour que je ne le fasse pas.

Il y a très peu de groupes où le bassiste est le leader, la figure principale.

Oh, il n’y en a assurément aucun car de toute façon je ne vois pas comment quelqu’un peut se considérer comme le membre principal d’un groupe.

Mais si tu veux être le leader…

Je ne veux même pas faire partie d’un groupe en fait, je ne veux pas de groupe. Je veux juste faire de la musique. Si je fais un disque, alors je suis un leader. Tu deviens automatiquement un leader, c’est ton disque. Mais si on écoute de la musique, beaucoup de ces choses se trouvent dans l’écriture, dans la composition. En ce qui concerne le jazz, on fait ce qu’on appelle des solos, ce que je ne fais que sur trois morceaux (sur l’album de Jaco Pastorius) et il y a dix morceaux en tout. Je peux le faire, tout comme je peux choisir de ne pas le faire, tu vois ce que je veux dire ? J’en fais quelques-uns et les gens s’en souviennent.

Il faut être modéré.

Oh, c’est le seul moyen. La modération finit toujours par charmer les gens. L’action… il y a beaucoup de force dans l’action, mais je ne pense pas que ce soit aussi simple.

Parle-moi de l’enregistrement de ton album.

Ce qui était compliqué, c’est que Bobby Colomby, mon producteur, était sur la route à ce moment-là (en tant que batteur) pour l’album Blood, Sweat & Tears. Du coup, nous n’avons pu enregistrer que sur cinq ou six jours, répartis sur trois mois. Parce que c’étaient les seuls moments qu’on avait de libre lui et moi.

J’étais dégoûté. Je n’avais pas un rond en poche, je passais mes journées à attendre, puis il m’appelait : « Oh, nous serons au studio lundi et mardi de la semaine prochaine. » Ça m’a fait mal au cul. Mais ça n’arrivera plus. Comme je n’avais jamais enregistré, je devais patienter. C’est très simple : si personne ne sait qui vous êtes, vous devez vous en prendre plein la gueule. Que vous le méritiez ou non, vous devez subir ça. Et puis à un moment vous gagnez le droit de faire ce que vous voulez.

Où est-ce que tu as enregistré l’album ?

Je l’ai enregistré à trois endroits différents. J’ai enregistré les guitares au studio C de Columbia à New-York. Nous avons enregistré les morceaux « (Used To Be A) Cha-Cha » et « Opus Pocus », au studio B et le reste de l’album chez Bobby Colomby, qui a un studio dans son grenier.

Est-ce-qu’enregistrer chez lui était moins stressant qu’à Columbia ?

Ça n’a vraiment aucune importance, car je ne pense pas à ce genre de choses. Ce à quoi je pense, c’est la musique. Tout ce qui m’importait c’était le feeling entre les musiciens, donc peu importe où nous nous trouvions. Nous aurions pu être sur une plage (rires) et tout aussi bien enregistrer, j’imagine.

Mais tu préfères te produire sur scène devant un public.

Oui, car jouer de la musique, c’est ce que je préfère, mais jouer sur un disque, c’est la même chose, parce qu’on atteint aussi un public au final.

Mais le public n’est pas là physiquement, c’est différent. Tu ne trouves que ça permet d’aller encore plus loin dans le jeu ?

Non, pas forcément. Ça dépend de ce que tu fais. Pour moi, jouer devant un public signifie simplement devoir jouer devant un public. En d’autres termes, si tu joues devant beaucoup de gens, et qu’ils aiment ça, alors tu joues pour eux. Je joue toujours pour quelqu’un. Si je joue pour cinq personnes, je dirige ma musique directement sur eux. Sur cette tournée, je joue différemment selon les pays dans lesquels je me produis, c’est ça qui me plaît.

Comment est-ce que tu t’es retrouvé en concert avec Weather Report ?

Ils m’ont simplement passé un coup de fil (Jaco a rejoint le groupe à la fin de l’année 1975 pour remplacer le bassiste Alphonso Johnson).

Est-ce que jouer au sein de Weather Report reste ton expérience musicale la plus forte ?

(Pause) Sur le plan de l’improvisation, oui, sans aucun doute. En ce qui concerne la scène, j’ai fait des choses beaucoup plus folles. Et ce sera encore le cas bientôt. C’est un tout nouveau groupe, nous n’avons pas encore fait de répétitions. L’improvisation, cependant, est vraiment importante. Ce groupe envoie vraiment du lourd, c’est comme si la musique respirait vraiment. C’est jamais pareil, chaque concert est complètement différent.

Même si nous nous appuyons sur des accords de base, tout le reste est improvisé, même si nous n’en donnons pas l’impression. C’est un peu paradoxal, mais ça fonctionne comme ça. En d’autres termes, il faut jouer en essayant de rendre le son suffisamment propre pour que les gens ne se tirent pas (rires) et que vous puissiez continuer à bosser et vous amuser. En gros, c’est de l’improvisation qui n’a pas l’air d’en être.

Il y a donc une différence entre Weather Report sur scène et Weather Report en studio.

Je ne peux pas répondre à cette question, car je n’ai joué que sur deux morceaux ( « Cannon Ball » et « Barbary Coast ») de Black Market (le dernier album de Weather Report à l’époque, paru quatre mois plus tôt, en mars 1976). Mais ça reste dans le même esprit. Ce qui différent sur scène, c’est qu’on passe notre temps à prendre des risques. On vit vraiment dangereusement sur scène (rires). Et j’aime ça.

Il y a une similitude entre mon enregistrement et celui de Weather Report. Sur mon album, j’ai pris des risques sur tous les morceaux et chaque morceau est un petit miracle. Je n’ai fait aucune répétition, à cause du nombre de musiciens que j’avais sur l’album, je ne pouvais pas me permettre de les payer pour répéter ET enregistrer. Donc, tout ce que je pouvais faire, c’était de jouer les morceaux plusieurs fois et de lancer l’enregistrement.

Comment c’était de travailler avec ces musiciens ? (Les musiciens ayant travaillé sur l’album : Don Alias, Randy et Michael Brecker, Richard Davis, Mike Gibbs, Herbie Hancock, Hubert Laws, Sam & Dave, David Sanborn, Wayne Shorter, Narada Michael Walden et Lenny White).

Le rêve. Tous ceux qui ont participé à l’album étaient géniaux. Ils font partie des personnes les plus gentilles que je connaisse. Ce qui était vraiment bien, c’est qu’aucun d’entre eux n’a été un frein, car il y a beaucoup de musiciens qui se contente du minimum quand ça n’est pas leur album. Personne ne s’est comporté comme ça. C’est comme si la musique avait pris le meilleur de chacun. Je me contentais de dire : « Allez, c’est parti ! »

Tu es content du résultat, alors ?

Oh oui, pas de doutes à ce sujet. J’ai tout fait sur ce disque. J’ai composé toute la musique, et Bobby (Colomby, le producteur), moi-même et l’ingénieur, David Palmer, l’avons mixé. C’est le mixage qui nous a pris le plus de temps. On y a passé une semaine. Nous savions le son que nous voulions, le même son que nous avions en studio. Il fallait juste essayer de le retranscrire parfaitement.

Le mixage avait pour principal objectif de tout caler au bon endroit. Dès que c’était le cas, c’était comme si la musique nous sautait aux yeux. On a tout joué en live, nous avions une douzaine d’instruments à cordes et quatre personnes dans la section rythmique, une batterie, tout ce qu’un disque pop a besoin pour sortir du bon son. Et on a aussi essayé de prendre le meilleur du classique et du jazz.

Je trouve que ça sonne bien.

Les gens sont contents du résultat. Je le suis aussi. De toute façon, je ne suis pas un grand connaisseur du son, je suis tout nouveau dans ce domaine. Mais nous avons juste essayé de faire ressortir la musique du mieux que nous pouvions.

Le son de la basse sur « Continuum » est assez spécial. Tu peux m’en dire plus ?

J’ai joué le morceau entier deux fois, note après note, voilà comment j’ai fait. Tout le monde pense que j’ai plein de matériel électronique, mais je n’utilise aucune pédale, aucun appareil. Tout sort de mes mains. Mais sur ce morceau en particulier, j’ai joué la mélodie entière deux fois note par note, le solo et tout le reste. C’est unique. Je voulais juste que ça sonne comme deux gars qui chantent un air de musique.

J’aime particulièrement le son de ce morceau.

C’est un des plus anciens. J’ai écrit ce morceau il y a environ six ans, il fait vraiment partie de moi. Alors qu’il y a des trucs que j’ai écrit récemment ou spécialement pour l’album qui n’ont pas été joués. J’ai joué ce morceau énormément de fois. Je le maîtrisais totalement (rires).

Je pensais vraiment que tu utilisais une pédale sur ce morceau.

Maintenant que tu sais ça, réécoute-le. Quand j’ai ré-enregistré le morceau, je n’ai pas écouté l’autre piste. On ne peut pas refaire la même chose. Si vous jouez les deux pistes en même temps, il y en a une qui disparaît. C’est pareil pour l’intonation, je n’ai pas écouté la première prise. Chaque inflexion de ce morceau, je l’ai apprise à l’envers. Je suis revenu et j’ai tout réenregistrer. J’ai enlevé la piste de basse et j’ai juste joué avec la section rythmique.

J’ai été surpris, car, quand j’ai assemblé les deux pistes, elles étaient vraiment similaires. C’était la seule façon de faire. Enfin, il y en a d’autres, vous pouvez les écouter ensemble, mais elles sont si proches que l’intonation sera au final à côté de la plaque. Ca vient de la personnalité de la mélodie, parce que s’il s’agissait d’un déphaseur, le vibrato produirait un bruit sauvage et erratique, alors que comme ça, le vibrato arrive par vagues. C’est magique. Et comme je connaissais le morceau sur le bout des doigts, il y a des moments où le vibrato tombe pile-poil. Pure coïncidence.

Alors oui, moi aussi, j’aime ce titre, même si je pense que tous les morceaux de l’album se valent. Chacun a sa place. Il y a malgré tout deux morceaux qui comptent beaucoup pour moi, qui font partie de moi, c’est « Continuum » et « Opus Pocus ». Ce sont mes préférés. Mais chaque morceau représente une partie de ma vie, quelque chose d’unique.

Je n’ai aucun favori, musicalement parlant. Ce qui m’importe, c’est ce que les gens préfèrent. S’ils aiment, c’est parfait. C’est comme ça. Je n’ai pas besoin de faire un disque pour me satisfaire moi-même. M’asseoir et écouter ? Non merci. C’est aux gens de le faire, et s’ils aiment, tant mieux…

Donc pas de pédales. Et les amplis ?

J’ai un Acoustic 360. Je l’utilise depuis environ huit ans. Pour enregistrer l’ampli, j’utilise une sortie ligne directe et un micro. Ce qui me permet d’avoir un peu des deux, des graves et des aigus. C’est comme avoir deux micros sur un piano.

C’est comme ça que tu as fait pour ton album ?

Oui, on a mixé l’album chez Bobby, car il possède tout ce qui se fait de meilleur en terme de matériel de studio. J’ai demandé à l’ingénieur David Palmer comment il s’y prenait pour que la basse sonne comme ça. Et il m’a dit : « Rien. Je me contente d’obtenir le meilleur son possible ».

Est-ce-que tu utilises le même setup sur scène avec Weather Report ? 

Je pense que oui, il y a peut être une sortie ligne directe, à moins que ce ne soit uniquement un micro. Je ne sais pas.

Est-ce que tu es satisfait du son pendant tes concerts ?

Ouais, mais ça pourrait être mieux. Je trouve que le système son n’est pas dingue. Sur scène, c’est cool, on arrive à avoir le même son qu’en studio. J’utilise le même ampli depuis des années. Enfin, j’en ai deux sur scène. J’en utilise un comme retour pour moi et un au milieu de la scène comme retour pour le groupe. Donc, en fait, les amplis font office de retour.

Quels réglages tu utilises ?

Je règle les aigus au max et le contrôle de tonalité au max sur ma basse, et je rajoute des basses grâce à l’ampli. C’est comme ça que j’obtiens ce son. J’aimerais l’améliorer et créer quelque chose de plus sophistiqué à l’avenir, mais pour l’instant, c’est comme ça que je fais, j’essaye de faire au mieux avec ce que j’ai.

(Je pointe mon doigt en direction d’un double flight-case métallique, entrouvert dans le coin de la pièce.) Ce sont tes deux basses ?

Ouais, ce sont de vieilles basses Fender (sa Jazz Bass équipée de frettes de 1960 et sa Jazz Bass sans frettes, de 1962). J’utilise ces deux basses depuis cinq ou six ans. Six ans, je crois. J’en avais d’autres avant, je ne sais pas où elles sont passées, j’ai dû les vendre. J’ai donc ces deux-là depuis environ six ans.

Est-ce que tu les as modifiées ?

Une a des frettes, l’autre non.

Tu les as juste enlevées ?

Ouais. En fait, quelqu’un les avait déjà retirées quand j’ai acheté celle-là, on aurait dit qu’elles avaient été enlevées à la hachette, j’ai dû réparer le manche. Mais j’ai toujours joué avec des basses sans frettes, j’ai eu d’autres basses où je les avais enlevées moi-même.

Comment tu utilises les deux ?

Ça dépend de ce que je veux jouer. Je joue une fretless sur tout l’album sauf « Come On, Come Over » et « Portrait Of Tracy ». J’ai joué tout le reste sans frettes, simplement parce que c’est ce qui me semble être le plus approprié. Quand je veux utiliser un vibrato, c’est naturel. J’aime aussi les basses frettées, bien sûr, qui peuvent être utiles pour jouer plein d’accords en étant juste, tu vois ? Alors que sans frettes, c’est difficile de jouer des accords de plus de deux notes à cause de tes doigts. Enfin, c’est possible, je l’ai fait deux fois sur l’album, mais il faut que ce soit juste.

On obtient un genre de son métallique avec les frettes.

Oui. Et j’aime bien ça aussi. J’aime les deux, mais peut-être plus le son boisé. Je crois que je préfère le son boisé. La plupart des gens pensent que je joue de la contrebasse sur certains morceaux.

J’imagine que tes Fender ont des manches assez longs pour que tu puisses obtenir ce que tu veux.

Oui, pour obtenir un son qui dure.

Est-ce que tu as déjà joué de la contrebasse ?

Ouais, j’aime bien, mais ça demande énormément de travail pour un son assez faible. J’aime jouer avec des batteurs, j’ai grandi en écoutant du R&B. C’est quasiment impossible de jouer de la contrebasse avec une batterie. Même si tu essayes de jouer fort, ça ne le sera jamais assez. La contrebasse a un son intéressant que j’apprécie, ce n’est pas le problème. Et il y a plein de talentueux bassistes qui jouent sur des instruments acoustiques.

Quel(s) genre(s) de musique écoutes-tu ?

J’écoute ce qu’il y a autour de moi, selon là où je me trouve. Je n’aime pas beaucoup écouter de la musique. C’est mon métier. J’aime jouer au ballon, aller à la plage, m’amuser. La musique me prend tellement de temps que je n’aime pas trop en écouter.

Source : Reverb

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